L’annulation de l’année du Mexique en France : quand la contestation d’un jugement se transforme en confiscation de toute une année culturelle…

Une seule personne est, malgré elle,  à l’origine de l’annulation du label « Année du Mexique en France » : Florence Cassez. Malgré elle car elle a toujours souhaité que l’Année du Mexique en France soit maintenue.

Le parcours de Florence Cassez

Française, originaire du nord de la France où elle dirigeait un grand magasin local, sa décision de partir au Mexique en 2003 puis de s’installer avec un petit ami mexicain, Israël Vallarta Cisneros, qui a avoué dix enlèvements et un meurtre et est soupçonné d’être à la tête d’un groupe criminel, l’aura plongée dans l’enfer des procès et des lourdes condamnations.

Compréhensible

Bien sûr, on peut comprendre la position de la justice mexicaine. Lorsque Florence Cassez a été arrêtée en compagnie de son petit ami, elle portait sur elle une arme à feu et dans le ranch où vivait le couple furent retrouvés trois otages qui l’ont tous, à des degrés différents, plus ou moins reconnue. Un autre témoignage émanant d’un des membres de la bande organisée, arrêté ultérieurement, a de plus affirmé qu’elle dirigeait le groupe criminel avec son petit ami et s’occupait de percevoir les rançons. D’autres éléments étaient-ils nécessaires à la justice mexicaine pour justifier la peine finale de 60 années d’emprisonnement ferme ?

Bien sûr, on peut comprendre également la position de Florence Cassez. Elle n’a pas cessé de clamer son innocence. Elle affirme qu’elle ignorait tout des activités de son petit ami et qu’elle était convaincue qu’il était vendeur de voitures. Elle accuse la justice mexicaine de graves irrégularités à son encontre, s’affirmant victime des objectifs politiques de lutte contre la criminalité du gouvernement du Mexique. Si tel est le cas, sa lutte acharnée pour être libérée est on ne plus justifiée et on ne peut que souhaiter l’aider dans ses démarches.

Incompréhensible

On comprend pourtant beaucoup moins bien comment la contestation d’un jugement d’une affaire finalement et hélas, très peu originale, jugement émanant d’un pays souverain ami de la France qui plus est, a pu conduire a une si grave crise diplomatique entre les deux pays et surtout à l’annulation de toute une année culturelle.

Comment en est-on arrivé là ?

L’ensemble du gouvernement français dont  le président lui-même a exercé une pression incroyable sur le gouvernement mexicain et a laissé entendre que l’affaire Cassez démontrait que la justice mexicaine était incompétente, voire corrompue.

Evidemment,  le Mexique pouvait difficilement accepter ouvertement le transfert de Florence Cassez en France pour y purger sa peine, sous l’énorme pression du gouvernement français, dans la mesure où la peine infligée de 60 ans de prison à la jeune femme Française est incompressible au Mexique alors qu’en France, la prévenue aurait, selon la loi française, bénéficié de remises de peine. Sans parler du fait que la France considérant la jeune femme innocente, La France pouvait être suspectée par le Mexique de vouloir l’innocenter et la libérer et ainsi nier la justice mexicaine.

Evidemment, le président mexicain Felipe Calderon pouvait encore moins accepter la volonté de Nicolas Sarkozy de dédier l’Année du Mexique à Florence Cassez. Cela serait revenu, pour le Mexique, à financer lui-même la dégradation de son image et le dénigrement de son système judiciaire. Aucun pays ne peut accepter cela.

Résultat : Florence Cassez reste emprisonnée au Mexique et la France et le Mexique traversent une crise diplomatique grave bien que, bien sûr, les négociations continuent en sous-main, négociations qui, on l’espère, aboutiront à un compromis en faveur de l’accusée.

Une année culturelle entière confisquée, victime d’une affaire de plus en plus sombre

Mais comment comprendre qu’une année du Mexique en France toute entière, avec tout le travail de préparation que cela représente, dédiée à un pays à l’histoire passionnante, soit confisquée à tous les Français qui souhaitaient découvrir la riche culture du Mexique. Alors que ces thématiques culturelles qui mettent un pays à l’honneur chaque  année est une occasion pour des millions de gens de prendre part à un voyage culturel près de chez eux quand ils n’ont pas la possibilité de partir dans le pays et à d’autres millions de s’ouvrir à un autre pays qu’ils découvriront lors de leur prochain voyage. Sans parler des Mexicains qui se laissaient découvrir à la France et à qui la crise diplomatique a purement et simplement claqué la porte au nez… le tout au nom d’un litige judiciaire assez sombre qui oppose les deux pays.

Car rappelons-le, l’année du Mexique en France prévoyait que le Mexique verse quelques 22 millions d’euros pour l’occasion. Son annulation a annulé directement ou indirectement plusieurs évènements culturels faute de financement. La préparation d’une année culturelle entière avait représenté quelquefois plusieurs années de travail. Son annulation a donc purement et simplement réduit à néant le long travail de très nombreux organisateurs. Sans parler du public qui se voit confisquer de très belles expositions. La culture est la victime de l’imbroglio diplomatique. La population entière s’est vue privée d’un évènement culturel majeur et la population mexicaine voit son image ternie par une opération médiatique peu flatteuse.

Après le sauvetage, des explications peut-être ?

Heureusement, les artistes et organisateurs français et mexicains, grâce à leurs efforts et à leur détermination, sont parvenus à contourner pour beaucoup l’annulation de l’année du Mexique en France en maintenant nombre de manifestations culturelles. Et la population ne se laisse plus intimider par des gesticulations diplomatiques qui ne résolvent rien et cherchent à la priver des plaisirs que l’ouverture au monde procure. Car, en ces temps troublés, on ne peut s’empêcher de penser que la culture est un des plus puissants instruments œuvrant en faveur de la compréhension et de la paix entre les peuples. La culture est le reflet de la vie.

Mais, quelques questions restent en suspens : le gouvernement français, par la voix de son président même, se passionne t-il toujours autant pour tous les accusés français résidants à l’étranger ?… Sachant que les litiges judiciaires ne manquent pas dans de nombreux pays qui, contrairement au Mexique, sont ouvertement non démocratiques !

Peut-être un jour connaîtrons-nous la vraie nature de cette sombre affaire…

Nicolas Grouzinoff.

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